La Chine à l’assaut de l’Afrique

Gaël Vaillant, L'Express, 14/04/2008
La flamme olympique n'est resté qu'une heure à Dar-es-Salaam, en Tanzanie. Une étape africaine bien courte, au vu des nombreux liens économiques entre Pékin et l'Afrique. Le géant chinois investit pourtant des sommes importantes dans l'économie africaine qui commence à se stabiliser.

En décembre dernier, les Européens tentaient de resserrer leurs liens avec le continent africain, à l’occasion du sommet très attendu de Lisbonne. Résultat: une polémique sur la venue du dictateur zimbabwéen Robert Mugabe, quelques accords commerciaux conclus et de nombreuses poignées de main qui n’ont pas amélioré le partenariat Europe-Afrique.

La Chine fait partie des raisons de ce semi-échec. Les dirigeants africains ont trouvé chez le géant asiatique le partenaire idéal: en échange de matières premières, la Chine apporte investissements et capitaux à des pays en voie de stabilisation. Les Chinois ont une autre qualité: ils ne sont pas très regardants sur le régime politique de ses partenaires.

Les colonisateurs économiques :

Echange de bons procédés :

Pour Chris Alden, auteur de China in Africa (2007), la Chine présente des avantages indéniables par rapport au reste de la scène internationale: "Que ce soit pour un chemin de fer ou un barrage, ils fournissent de l'argent à une vitesse avec laquelle ni la Banque mondiale, l'Europe ou les donneurs traditionnels ne peuvent rivaliser."

En échange, les Chinois peuvent récupérer à moindre coût les précieuses matières premières africaines, essentielles pour continuer leur croissance économique. La Chine assure que les échanges avec l'Afrique bénéficient aux deux continents et rejettent l'accusation de néo-colonialisme.

Pour le prouver, le président chinois Hu Jintao décrit souvent l’exemple de l’Angola. Le pays d’Afrique australe sort d’une guerre civile de 27 ans. Pékin fait figure de partenaire idéal pour sa reconstruction : des prêts et des ouvriers chinois participent aux chantiers de tout type, d'une liaison ferroviaire vitale vers le nord à des immeubles de bureaux. En échange, l'Angola fournit à la Chine deux millions de tonnes de pétrole brut chaque mois.

La concurrence des "anciennes puissances" :

L’Europe n’a pourtant pas dit son dernier mot. La France et la Grande-Bretagne sont encore très présentes: par exemple, les trois quarts des capitaux qui alimentent les pays du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso…) viennent des deux anciennes puissances coloniales. Les Etats-Unis ont aussi investi chez certains producteurs de minerais (Libéria) ou de pétrole (Nigéria).

Le géant chinois n’inspire pas encore confiance aux dirigeants africains: "les Chinois construisent des mines en quantité, mais la qualité n’y est pas" a déploré José Severino, directeur de l’Association industrielle d’Angola, après l’énième effondrement d’une infrastructure. Mais les politiques africains ont surtout peur de se trouver au milieu d’une nouvelle guerre froide.

Une guerre froide réchauffée :

Le danger chinois :

Les gouvernements africains détestent les questions sur les droits de l'Homme, la bonne gouvernance et la responsabilité. Or les Chinois ne les posent jamais. Un atout majeur sur les Américains et Européens. Mais selon le professeur d’économie Justino Pinto de Andrade, "si l’Afrique ne fait pas attention et qu’elle continue de solliciter la Chine économiquement et financièrement, la Chine va prendre tellement d'influence sur les gouvernements qu’ils tomberont dans une dépendance politique".

L’exemple révélateur du Darfour :

Cette région du nord-ouest du Soudan est toujours en conflit. Si le Tchad s’appuie sur la France, le Soudan a choisi Pékin. Depuis une dizaine d’années, les Chinois investissent massivement au Soudan, en échange de pétrole et de gaz.

Mais la majorité des réserves d’hydrocarbures se situent dans des zones politiquement instables (au sud du pays). Pressée par la communauté internationale, la Chine a dû agir sur le plan diplomatique: Hu Jintao a demandé officiellement au gouvernement d’Omar el-Béchir de "mettre fin au conflit meurtrier qui sévissait au Darfour".

Conscients du poids de Pékin dans l’économie soudanaise, l’Union européenne et les Etats-Unis demandent désormais à la Chine de faire ce qu’elle a toujours refusé: s’immiscer dans la vie politique d’un "partenaire économique". Pékin se trouverait alors dans une position de néo-colonialiste.

Quelques chiffres :

Population Afrique/Chine : 944 / 1322 millions d’habitants
Superficie Afrique/Chine : 30,2 / 9,6 millions de km²
Densité Afrique/Chine : 31 / 136 habitant/km²
Quelques indices de développement humain (calculé à partir du niveau de vie, de la santé et de l’éducation de la population) : 0,761 pour la Chine (81è rang mondial) 0,708 pour l’Egypte (112è) 0,674 pour l’Afrique du Sud (121è) 0,446 pour l’Angola (162è) 0,177 pour la Sierra Léone (177è et dernier rang mondial connu)

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