Tuesday, September 30, 2008

Les opérations qui ont changé le paysage bancaire et financier américain

La crise financière qui sévit aux Etats-Unis a conduit à de profonds changements depuis le début de l'année dans le paysage bancaire et financier américain, marqué par des faillites, sauvetages et rachats retentissants.

. Countrywide Financial

Le premier prêteur hypothécaire du pays, hyperactif pour offrir à des millions d'Américains modestes l'accession à la propriété, a logiquement été la première institution financière à plier. Le 11 janvier, Bank of America s'est porté acquéreur d'une banque promise à la faillite, pour une facture finale de 2,5 milliards de dollars en actions.

. Bear Stearns

A Wall Street, le premier domino à tomber fut la plus petite banque d'affaires américaine, victime d'une grave crise de confiance de ses clients. Menacée de tomber à court de liquidités, elle sera sauvée de la disparition par un rachat en urgence, le 16 mars, par JPMorgan. Les conditions sont très favorables à l'acquéreur, qui bénéficie d'un apport de 29 milliards de dollars de liquidités par la Réserve fédérale, en échange de 30 milliards de dollars de titres de valeur douteuse tirés du portefeuille de Bear Stearns.

. Fannie Mae et Freddie Mac

Les organismes de refinancement hypothécaire, qui accumulent les pertes avec la chute du marché immobilier, ont été sauvés en deux temps. Le 13 juillet, un premier plan de sauvetage prévoyait une augmentation temporaire de la ligne de crédit du Trésor, et un accès aux facilités de refinancement de la Réserve fédérale. Ces mesures n'ont pas suffi et ont contraint le 7 septembre le Trésor à une mise sous tutelle gouvernementale de ces sociétés privées, dont la dette est désormais garantie par l'Etat.

. Lehman Brothers

Face à une crise de confiance aiguë, la banque d'affaires Lehman Brothers doit se résigner à rechercher un repreneur. Mais le refus du Trésor d'accorder à un acheteur les mêmes facilités que lors du sauvetage de Bear Stearns font échouer toutes les tentatives et le groupe doit se placer sous la protection de la loi américaine sur les faillites, le 15 septembre. Le groupe a ensuite été démantelé, ses activités américaines étant reprises par la Britannique Barclays, tandis que l'Asie-Pacifique, l'Europe et le Moyen-Orient revenaient au Japonais Nomura Holdings. Reste encore à vendre son importante filiale de gestion d'actifs aux Etats-Unis.

. Merrill Lynch

La prestigieuse banque d'affaires a perdu son indépendance le 15 septembre, étant rachetée par la généraliste Bank of America dans une transaction tout en actions, qui la valorisait à 50 milliards de dollars. Ses pertes depuis le début de la crise du "subprime" se montaient alors à 52 milliards de dollars.

. AIG

Le géant américain de l'assurance, après avoir dopé sa rentabilité grâce à l'instrument des CDS ("credit default swaps", des assurances contre le risque de non-remboursement de la dette des entreprises), a été victime de la crise du crédit. Faute de trouver les liquidités nécessaires à sa survie, AIG a dû être renfloué en urgence le 16 septembre par un prêt de 85 milliards de la Réserve fédérale, en échange d'une nationalisation, la Fed recevant 79,9% du capital.

. Goldman Sachs et Morgan Stanley

Goldan Sachs et Morgan Stanley restent les deux dernières banques d'affaires indépendantes à Wall Street, mais devant la situation inquiétante des marchés, elles doivent faire une concession de taille. Le 21 septembre, elles sont devenues des holdings bancaires, un statut qui leur permet d'avoir accès au taux d'escompte de la Réserve fédérale comme les banques commerciales, mais les soumettent à un contrôle plus étroit. Goldman Sachs obtient un financement de 5 milliards de dollars du milliardaire Warren Buffett, alors que Morgan Stanley accepte d'ouvrir son capital au japonais Mitsubishi-UFJ.

. Washington Mutual

La sixième banque américaine, très active dans l'immobilier et auprès des clients modestes, était en première ligne dans la crise. La chute du groupe de Seattle (Etat de Washington, nord-ouest) constitue la plus grande faillite de l'histoire d'un établissement de dépôt aux Etats-Unis. Ses activités bancaires ont été reprises le 25 septembre par JPMorgan pour 1,9 milliard de dollars.

. Wachovia

Craignant une faillite aux retombées explosives pour l'économie du pays, les autorités américaines organisent le 29 septembre la reprise des activités bancaires de Wachovia, la quatrième banque américaine, par sa grande concurrente Citigroup. Le gouvernement accepte de supporter une partie des risques liés à l'opération, alors même qu'il venait de faire adopter par le Congrès un projet de plan de sauvetage des banques de 700 milliards de dollars.