Wednesday, September 17, 2008

Zimbabwe: Morgan Tsvangirai lance un appel urgent à l'aide

HARARE, 16 septembre 2008 (IRIN) 

Morgan Tsvangirai, investi Premier ministre du Zimbabwe dans le cadre d'un accord de partage du pouvoir avec son farouche rival, le président Robert Mugabe, a exhorté la communauté internationale à aider le pays à sortir du marasme économique, lors de la signature de l'accord à Harare, la capitale zimbabwéenne.

Selon les termes de l'accord, obtenu par le médiateur et président sud-africain Thabo Mbeki, M. Tsvangirai, chef de file du parti d'opposition Mouvement pour le changement démocratique (MDC, en anglais), partagera le pouvoir exécutif avec M. Mugabe, une première depuis l'accession de ce dernier à la présidence en 1980, lorsque le pays a acquis son indépendance de la Grande-Bretagne.

M. Mugabe restera Président et chef du gouvernement, il dirigera également le Conseil national de sécurité -connu sous le nom de Joint operations command (JOC), l'organe suprême de sécurité qui inclut les chefs de l'armée, de la police et de la Central intelligence organisation, la redoutée police secrète. M. Mugabe, ou son parti la ZANU-PF, désignera aussi deux vice-présidents.

M. Tsvangirai, en tant que Premier ministre, présidera un Conseil des ministres et détiendra le poste de chef adjoint du gouvernement, de même qu'il sera membre du Conseil national de sécurité. M. Tsvangirai nommera un vice-Premier ministre, tandis qu'Arthur Mutambara, chef d'une faction dissidente du MDC, deviendra le second vice-Premier ministre.

M. Mbeki a précisé que certains détails en suspens restaient à finaliser. « Des discussions ont déjà commencé à propos de la constitution de ce gouvernement d'union, [mais] elles n'ont pas encore abouti. Je suis sûr que ce sera le cas dès que possible », a-t-il dit.

Autrefois prospère, le Zimbabwe est en plein naufrage économique, avec une inflation officiellement estimée à plus de 11 millions pour cent, un taux de chômage de plus de 80 pour cent, des pénuries de denrées alimentaires, d'électricité, de carburant et de devises étrangères. Les Nations Unies estiment que plus de cinq des 12 millions d'habitants du pays auront besoin d'une assistance alimentaire au cours du premier trimestre 2009.

Appels à l'aide

« Le nouveau départ se fera plus rapidement avec le soutien de la communauté internationale », a dit M. Tsvangirai, qui s'est présenté dans son discours comme « Moi, Premier ministre du Zimbabwe ».

« Nous sommes reconnaissants pour le soutien que vous [la communauté internationale] nous avez apporté au cours des neuf dernières années, et nous appelons nos voisins de la région, nos frères et sours africains et la communauté internationale à nous aider à reconstruire notre nation, à nous aider à répondre aux problèmes auxquels notre société, nos systèmes d'éducation et de santé et notre économie sont confrontés ».

« La première priorité du gouvernement est de rendre les vivres déjà dans le pays disponibles, et de les distribuer à nos populations. Il faut que les médecins et les médicaments retournent vers nos hôpitaux, que les enseignants reviennent dans nos écoles ».

« Nous avons besoin d'entreprises qui puissent se développer et fournir des emplois aux populations ; il faut que l'électricité revienne pour alimenter nos entreprises et nos foyers ; il faut de l'eau potable et accessible ; nous avons besoin de denrées alimentaires à un prix abordable dans nos commerces, de semences dans nos champs, de carburant dans nos véhicules ; nous avons besoin de pouvoir accéder à nos propres économies dans nos banques. Nous devons stabiliser notre économie et rétablir la valeur de notre monnaie ».

« Les organisations humanitaires internationales sont venues aider notre pays, mais ont trouvé les portes closes », a encore dit M. Tsvangirai. « Nous devons ouvrir nos portes à l'aide ».

En dépit de la crise humanitaire qui sévit dans le pays, les organisations ont reçu l'interdiction d'opérer pendant près de trois mois lors de la violente campagne électorale pour la présidentielle. Le scrutin, remporté par M. Mugabe, seul candidat au deuxième tour, a été largement dénoncé comme antidémocratique.

L'appel à l'unité lancé par M. Tsvangirai lors de la cérémonie de signature n'a pas été entendu hors de l'hôtel de Harare, où des groupes de supporters rivaux se sont affrontés, avant d'être maîtrisés à coups de bâtons par la police.

« J'ai signé cet accord parce que je pense qu'il représente la meilleure opportunité pour nous de construire un Zimbabwe pacifique, prospère et démocratique », a dit M. Tsvangirai. « J'ai signé cet accord parce que ma foi en le Zimbabwe et son peuple est plus profonde que mes cicatrices héritées de la lutte. J'ai signé cet accord parce que mon espoir en l'avenir est plus fort que la douleur que je ressens pour les souffrances inutiles des dernières années ».

Tandis que M. Tsvangirai lisait son discours, préparé à l'avance, et offrait des gestes d'apaisement, « la main avec laquelle j'ai signé cet accord est celle que je tends au président Robert Mugabe », M. Mugabe s'est exprimé sans notes, sans s'adresser à M. Tsvangirai, répétant que le Zimbabwe devait se méfier des conceptions impérialistes de l'ancien pouvoir colonial anglais et des Etats-Unis.

« Nous devons résister à ceux qui veulent nous imposer leur propre volonté », a dit M. Mugabe. « Le Zimbabwe est un pays souverain. Seul le peuple du Zimbabwe a le droit fondamental de le gouverner ; [les Zimbabwéens] seront les seuls à mettre en place un gouvernement, ils seront les seuls à le changer ».

« Pourquoi, pourquoi, pourquoi, la main des Anglais ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi, la main des Américains ici ? Posons-nous la question. N'ignorons pas la vérité à l'heure où nous avançons, nous devons accepter la réalité », a-t-il dit, sous les huées de militants et membres de l'opposition présents dans l'assistance.

M. Mugabe a, à d'innombrables reprises, affirmé que le MDC était une vitrine des pouvoirs occidentaux, et bien qu'il n'ait pas spécifiquement mentionné le MDC dans son discours, cette affirmation est un thème bien connu.

Oxfam, l'organisation humanitaire internationale, a estimé dans un communiqué que retarder l'aide n'était « pas un choix » possible. « La communauté internationale doit fournir un soutien et une assistance au nouveau gouvernement de coalition », a plaidé Charles Abani, directeur régional d'Oxfam pour l'Afrique australe.

« L'assistance doit être coordonnée et gérée avec attention, afin que les institutions de l'Etat, très affaiblies, ne soient pas débordées. La société civile zimbabwéenne doit aussi être impliquée dans un processus transparent », a-t-il estimé.

L'investissement dans le secteur agricole est primordial, a dit le communiqué, à un moment où les agriculteurs ont besoin de fertilisants et de semences pour préparer la saison des semis de novembre.

« La communauté internationale ne doit pas se contenter d'injecter de l'argent dans ce problème, puis de partir en disant 'le travail est fait'. Le Zimbabwe a besoin d'un plan à long terme, élaboré [selon le principe] du partenariat et du partage des responsabilités, et soutenu par une aide des gouvernements internationaux, à long terme, prévisible », a dit M. Abani.

Des sanctions toujours en place

Pourtant, le Conseil des Etats membres de l'Union européenne, qui a imposé une série de « sanctions ciblées » contre l'élite dirigeante du pays accusée de violations des droits humains et de pratiques non démocratiques, a adopté une attitude attentiste, avant de décider ou non de lever toute mesure punitive contre le gouvernement de M. Mugabe.

Dans un communiqué, le Conseil a salué l'accord de partage du pouvoir et indiqué qu'il « porter[ait] une attention particulière à sa mise en application, ce qui implique la fin immédiate de toute forme d'intimidation et de violence ». Le Conseil « examinera l'évolution de la situation lors de sa prochaine réunion » le 13 octobre, selon le document.

« Toute discussion sur les sanctions [européennes] est plus ou moins en suspens jusqu'à ce que l'on voit les détails de l'accord, et jusqu'à ce que l'on voit l'accord se traduire par des actes sur le terrain », a dit David Miliband, ministre britannique des Affaires étrangères.

Selon la presse, Dominique Strauss-Kahn, le directeur du Fonds monétaire international, a dit lundi que son institution était prête à entamer des discussions avec les dirigeants du pays.