Wednesday, October 8, 2008

CRISE FINANCIERE INTERNATIONALE: L’AFRIQUE DANS TOUT ÇA

Sud Online, mercredi 8 octobre 2008

WEST AFRICAN RATING AGENCY (WARA) partage les craintes nées récemment sur les marchés ayant provoqué de fortes baisses des indices des valeurs américaines suivies des valeurs européennes et asiatiques. Notre premier constat est l’incertitude totale dans laquelle la communauté économique et financière mondiale est placée.

La bourse doit fournir des ressources pour le développement industriel, à travers une allocation des capitaux fondée sur une estimation potentielle des valeurs.

Dans la tradition libérale, les interventions publiques sont inefficaces et sources de déséquilibre économique. Elles sont considérées comme des perturbations exogènes aux lois naturelles de l’économie. La concurrence pure et parfaite doit être la règle. Toute politique économique qui s’éloigne de la recherche de la stabilité et de l’équilibre, qui doivent provenir de ces jeux là est vouée à l’inefficacité et donc à l’échec.

Aujourd’hui que constate-t-on ? Les lois du marché ne suffisent pas à assurer la survie d’une économie, la plus puissante au monde. Le politique supplante l’économie. De sorte que la politique économique idéale est réduite à un mécanisme de conformation aux lois de la spéculation boursière. Le jalon équivoque de la situation que nous vivons aujourd’hui.

La question qui nous préoccupe est alors de savoir pourquoi les Etats-Unis ont changé de parangon ?

Des banques jugées saines hier en Europe et en Amérique sont tout d’un coup déclarées en débâcle et acquises avec une promptitude (pour ne pas dire hâte) prodigieuse par les autorités publiques européennes et américaines, au prix d’entorses extraordinaires aux règles économiques pré établies sous le vocable de « sauvetage ».Au même moment où ces autorités nous annoncent d’ailleurs qu’elles sont surendettées et que leurs caisses sont vides !

La prudence nous amène donc à rester circonspects, et de réserver notre analyse jusqu’à être plus amplement informés sur la nature réelle de ces opérations et leurs conséquences sur l’économie mondiale.

Concernant l’Afrique, la crise peut difficilement manquer de se refléter sur son économie. Les effets d’une contraction du crédit affecteront la consommation des ménages, qui incitera un ajournement des investissements des entreprises qui, à leur tour réduisant leurs budgets et leurs consommations intermédiaires provoqueront la récession tant redoutée aujourd’hui. Nous n’y échapperons pas. Le système bancaire africain est aussi composé de puissantes filiales de groupes internationaux, nécessairement directement ou indirectement impactées par la crise. Nos marchés financiers enregistrent déjà des baisses soutenues de certaines cotations liées à la demande des pays occidentaux.

Mais d’autres questions plus gênantes méritent d’être posées à la lueur de la confiance perdue en la clairvoyance des analyses des marchés, et à la rationalité des décisions économiques des politiques soumis à une pression grandissante sur les systèmes monétaires africains.

Avec un euro surévalué et un dollar dont la planche à billet va continuer de fonctionner à plein pot, il devient imaginaire d’avoir une politique de gestion cohérente des réserves, surtout lorsque celles-ci ne dépendent pas totalement des autorités monétaires comme c’est le cas en UEMOA. Pendant ce temps, l’inflation accélère (7.2%) un appauvrissement galopant donc et pression sur les revenus des Etats qui seront clairement corrigés à la baisse pour soutenir un niveau de vie tolérable des populations, si les secteurs sociaux ne se voient pas délestés en premier, bien sûr !

La seule issue est évidemment une plus grande responsabilité des Etats et des entrepreneurs africains qui doivent comprendre que l’avenir leur appartient.

Mais, en cela, je veux dire, à quelque chose malheur est bon. La croissance attendue de l’APD OCDE n’aura pas lieu, alors que les déceptions qu’elle engendrera au niveau des « Etats mendiants »seront drastiques.

La Chine en tirera-t-elle profit ? ,

Plus généreuse, si la nécessité l’exige, elle mettra beaucoup d’argent sur la table (26 milliards rien qu’en côte d’Ivoire cette année et en hard cash pas en promesses).

Elle a besoin en tous cas de prendre ses distances avec un marché américain qui assure l’essentiel de ses revenus aujourd’hui, mais sur lequel elle devient trop exposée. Notamment en ce qu’elle est embarquée dans le même bateau, et a pour le moment ses œufs (énormes réserves chinoises prêtées aux américains) dans un panier qui chancelle (dette qui risque d’être payée en monnaie de singe. Droit de seigneuriage du dollar à force de planche à billet oblige).

La même observation est valable pour les fonds arabes investis aux Etats-Unis pour des raisons de protectorat US sur ces pays. Ils se diversifient, nous connaissons bien Dubaï Port n’est-ce pas ? Il faut se rappeler que pour des raisons de défense nationale les Etats Unis les avaient rejetés dans une concession de port new yorkais…xénophobie capitaliste qui se propage d’ailleurs au fur et à mesure que les fonds souverains émergents et des entreprises perçues à tort ou à raison comme issues de pays émergents (Arcelor Mittal) cherchent à s’investir en Europe.

Sommes-nous à la veille d’une inversion de tendance ? Nous y reviendrons plus tard…

Nous aurons tout intérêt africains et arabo-chinois à intensifier le commerce Sud –Est de façon irréversible. L’Afrique, qui commence à disposer d’u marché intérieur intéressant (de l’ordre du milliard bientôt) trouvera les financements arabes dont elle a besoin, s’équipera bon marché et commencera à assurer son autonomie alimentaire, qui devient une urgence. Premier pas vers une dynamique de création d’emplois, de petites pme pmi, et d’un artisanat florissants.

Elle attirera vraiment les investissements à ce moment là et deviendra peu à peu émergente, horizon 2020.

Il ne faut pas croire aux hommes animés de bonne intention qui voudraient lier notre sort à une aide accrue à l’Afrique. Discours de circonstance pour des nécessités diplomatiques…

Ni croire que demain se corrigera d’un coup de baguette magique la dynamique financière dans laquelle s’inscrit l’économie mondiale qui, pour le moins qu’on puisse dire, est qu’elle est alambiquée et fragile.

Il est vrai, qu’un ordre plus rationnel lui a fait défaut pour éviter la situation chaotique que nous connaissons actuellement.

Mais pour y remédier il est souvent allégué l’idée de nouvelles règles de gouvernance internationale. Nombreux sont ceux qui appellent à un nouveau Système Monétaire International (SMI). L’idée derrière cela est de définir des règles claires pour éviter les effets défavorables des flux financiers. C’est aussi de limiter la taille de ces flux financiers dont les montants sont tels qu’ils peuvent parfois avoir un caractère déstabilisant.

Cela se traduirait disent –ils par une plus grande coopération et une meilleure coordination entre les différents acteurs des marchés et les pays. Il me semble pourtant qu’il y a une grande candeur à émettre le postulat que les différents intervenants pourront tous avoir des objectifs cohérents entre eux et dans le temps. Sur l’environnement, seuls les gouvernements intervenaient. Pourtant, le protocole de Kyoto n’a pas été ratifié par les pays les plus pollueurs.

Non, c’est de notre génie propre et en tirant les conséquences, à notre faveur des péripéties consubstantiels à ces marchés que nous nous en sortirons !

Si une renégociation du SMI est nécessaire, elle ne sera possible qu’à la condition que les grandes puissances d’aujourd’hui y voient préservées leurs intérêts. La position des Etats-Unis, pas plus que celle de l’Europe. au regard de leur colossale endettement (qui ne sera jamais remboursé) et des réserves financières de certains pays émergents en bloque naturellement l’issue .

Aujourd’hui, l’accumulation de réserves de change dans de nombreux pays émergents est vécue comme un facteur déstabilisant pour les USA et l’Europe. Ils représentent aujourd’hui entre un quart et un tiers des actifs extérieurs détenus par des souverains. Selon les projections, ces actifs dépasseront bientôt le stock des réserves de change pour s’établir au-delà de 7 à 11 000 milliards de dollars d’ici à 2013. Le dernier projet du FMI n’a t-il pas été de limiter le champ d’action pour les fonds souverains, en proposant un code de bonne conduite … envers qui ? Ai-je envie de dire… suivez mon regard !

Sur ce point il semble d’ailleurs que le FMI ait retourné sa chemise depuis quelques jours, le second de Strauss KAHN n’a pas tari d’éloges à leur égard en disant que :

« Les fonds souverains ont joué un rôle positif d’amortisseur de choc dans les économies avancées. Leurs investissements sont axés sur le long terme, qu’ils ont des besoins de liquidités limités et qu’ils investissent essentiellement sur fonds propres. De plus, les fonds souverains comprennent bien qu’il est dans leur intérêt à long terme de préserver l’efficacité, l’ouverture et la liquidité des marchés ».

Nécessité Fait Loi !

La leçon est que le développement de places financières efficientes dans les pays émergents est une urgence absolue ! Non seulement pour ces pays, mais pour une répartition plus harmonieuse des risques et des opportunités dans notre monde globalisé. Y compris ceux d’outils d’évaluation de ces risques qui doivent être contradictoires et contrebalancer une domination méthodologique et trop centrée sur des intérêts régionaux et non globaux tels que l’économie mondiale l’est en réalité aujourd’hui.