Saturday, November 22, 2008

Chine-Afrique, le partenariat, essentiel, sera maintenu malgré la crise

La Chine, frappée, elle aussi, par la crise financière internationale, a dû quelque peu réduire ses prévisions de croissance phénoménale, mais entend maintenir son partenariat avec l’Afrique, essentiel pour assurer la sécurité de ses approvisionnements en matières premières, la conquête de nouveaux marchés pour ses produits et le renforcement de la compétitivité de ses entreprises à travers le monde.

Par Marie JOANNIDIS, 18/11/2008

En marge des discussions qui ont eu lieu, dimanche 9 novembre, au Brésil entre pays émergents et développés, Pékin a annoncé un plan de relance budgétaire de 586 milliards de dollars jusqu’à la fin 2010, visant à stimuler la demande intérieure pour parer au ralentissement de sa croissance et à la stagnation de ses exportations. Cette rencontre avait pour but de préparer la réunion du G20 sur la réforme du système financier international, qui s’est tenue à Washington le 15 novembre 2008 ; le G20 réunit le G7 - Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Grande-Bretagne -, l’Union européenne et les principaux pays émergents - Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique, Russie et Turquie.


Auparavant, Chinois et Africains, réunis du 18 au 20 octobre 2008 au Caire dans le cadre du Forum de coopération Chine-Afrique (Focac), se sont engagés à poursuivre les efforts pour renforcer leurs relations stratégiques par la mise en œuvre de programmes de coopération dans divers domaines et des mesures prises lors du sommet de Pékin en novembre 2006. Ils ont aussi abordé la préparation de la 4e conférence ministérielle du Forum, prévue en 2009 à Charm el-Cheikh, en Egypte. Le Focac a été conjointement lancé par la Chine et plus de 40 pays africains en 2000.

Le Fonds de developpement Chine-Afrique a ete lance en juin 2007

Lors du sommet de Pékin, les pays membres de ce mécanisme ont convenu de créer «un nouveau partenariat stratégique» entre la Chine et l’Afrique. Celui-ci comprend le doublement de l’aide chinoise à l’Afrique d’ici 2009 - bien que Pékin n’ait jamais divulgué le montant exact -, l’établissement d’un fonds de développement de 5 milliards de dollars pour encourager les investissements des entreprises chinoises en Afrique et l’annulation de la dette africaine.


Le Fonds de développement Chine-Afrique a été lancé en juin 2007 et plusieurs projets avancent, dont la construction, depuis mai 2007, du siège de l’Union africaine, la plus importante réalisation chinoise en Afrique. Selon les responsables chinois, les échanges commerciaux ont totalisé 73,3 milliards de dollars en 2007, soit une progression de 32,2 % par rapport à l’année précédente, alors que le gouvernement chinois a accordé une bourse à 2 700 étudiants africains l’année dernière, soit 700 de plus qu’en 2006.

Malgré leur vive dénonciation devant le Conseil de sécurité de l’Onu réuni sur le Darfour, les Chinois ne paraissent pas, pour le moment, trop inquiets suite aux attaques contre leurs compagnies dans la région soudanaise du Kordofan, dont la dernière en date s’est soldée par l’enlèvement de neuf employés et l’exécution de quatre d’entre eux. Ces ouvriers de la China National Petroleum Corporation (Cnpc) ont été kidnappés dans un champ de pétrole le 18 octobre par des militants inconnus et aucun groupe n’a revendiqué la responsabilité de cet enlèvement.

Des critiques qui se multiplient en Afrique
Les officiels de Pékin ne semblent pas non plus trop émus par les critiques qui se multiplient en Afrique contre l’afflux de leurs ressortissants - les chiffres varient de 500 à 700 000 - qui raflent souvent le petit commerce, tandis que les dirigeants africains se réjouissent de ce nouveau partenaire prêt à financer d’énormes projets d’infrastructures - qui manquent cruellement - sans se soucier trop, ni de l’environnement, ni de la politique.

Ainsi, en Zambie, pays riche en cuivre, l’opposition s’en est prise aux Chinois, en particulier, lors de la campagne électorale de 2006. En République démocratique du Congo (Rdc), un accord conclu entre les autorités congolaises et un groupe de compagnies chinoises pour financer le secteur minier et des infrastructures a suscité la controverse, non seulement dans le pays, mais aussi au Fmi et à la Banque mondiale qui redoutent un nouvel endettement qui empêcherait d’appliquer l’allègement de la dette dans le cadre du mécanisme Ppte (Hipc) de réduction de ce fardeau. Mais aux dernières nouvelles, selon des sources informées à Paris, ce sont les Chinois qui ont demandé à renégocier l’accord au vu des dépenses énormes qu’ils doivent engager, en particulier, dans la relance du secteur minier.

De son côté, le Nigeria a suspendu l’exécution d’un contrat de modernisation de son système ferroviaire d’une valeur de 8,3 milliards de dollars passé en octobre 2006 avec une entreprise chinoise, la China Civil Engineering Construction Corporation (Ccecc). La presse nigériane a dénoncé la lenteur des travaux sur le réseau. Le Nigeria, premier producteur de pétrole de l’Afrique sub-saharienne, est, en raison de l’insécurité qui freine les exportations potentielles de brut, talonné de près par l’Angola qui devrait le dépasser. Luanda poursuit pour sa part son idylle économique avec Pékin, d’autant que la plupart des grands contrats pétroliers et d’infrastructures avaient été conclus avant la hausse de l’or noir, qui a atteint les 150 dollars le baril avant de baisser de plus de la moitié. Selon l’Agence internationale de l’Energie (Aie), les cours du pétrole devront, toutefois, remonter à plus de 100 dollars, quand l’économie se redressera, pour dépasser 200 dollars en 2030.

Du bon usage des avantages comparatifs de chacun

Pour des experts du Fmi, la Chine représente, maintenant pour l’Afrique, un donateur, mais aussi un marché, un financier, un investisseur, un maître d’œuvre et un maître d’ouvrage essentiels. Ils estiment que ce resserrement des liens économiques a été bien accueilli, même si on se préoccupe de plus en plus de l’effet de la présence croissante de la Chine sur le développement de l’Afrique : impact éventuel sur l’activité et l’emploi et nouvelle accumulation de la dette dans les pays pauvres qui ont bénéficié des récentes annulations. La Chine est devenue le troisième partenaire commercial de l’Afrique après les Etats-Unis et l’Union européenne. En 2006, le pétrole et le gaz représentaient plus de 60 % des exportations africaines vers la Chine, suivis par les minéraux non pétroliers et les métaux avec 13 %. Les importations africaines de Chine comprenaient surtout des produits manufacturés, des machines et des équipements de transport. Ainsi, pour ces experts, le bond du commerce sino-africain reflète, en grande partie, les avantages comparatifs des deux partenaires, vu leur stade de développement économique, plutôt qu’un intérêt unilatéral manifesté par la Chine pour l’exploitation des ressources naturelles de l’Afrique.

Cette opinion semble partagée par la Commission européenne qui a proposé de renforcer le dialogue et la coopération entre l’Ue et la Chine sur l’Afrique, appelant à un dialogue triangulaire. Selon elle, l’Afrique, l’Ue et la Chine devraient travailler étroitement ensemble pour la construction des infrastructures dans le continent, soutenir les efforts de paix et de sécurité de l’Union africaine, promouvoir la gestion durable de l’environnement et augmenter la production agricole.