Tuesday, August 31, 2010

Dr Jean Ping - 14è réunion au Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement du COMESA

Allocution de Son Excellence le Dr Jean Ping Président de la Commission de l’Union africaine à l’ouverture de la 14è réunion au Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement du COMESA

MBABANE, Swaziland, 31 août 2010/African Press Organization (APO)

Majesté,
Excellence Monsieur Le Président du 14è Sommet du COMESA,
Excellences Madame et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement du COMESA,
Mesdames et Messieurs Les Ministres,
Monsieur Le Secrétaire Général du COMESA,
Honorables Invités,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi d’exprimer au nom de la Commission de l’Union Africaine et en mon nom personnel, ma profonde gratitude à Sa Majesté le Roi MSWATI III- INGWENYAMA, pour toutes les attentions et la sollicitude dont ma délégation et moi-même avons été entourés depuis notre arrivée dans son royaume. Une fois encore, nous avons pu apprécier la générosité et le sens de l’hospitalité du Swaziland qui accueille aujourd’hui, au sein de cette charmante et splendide ville de Mbabane, le 14ème Sommet des Chefs d’Etats et de Gouvernement du COMESA.

Par la même occasion, je voudrais remercier le Gouvernement du Swaziland ainsi que le Secrétaire Général du COMESA pour l’invitation qui m’a été faite à prendre part à cette réunion qui m’offre une double opportunité : d’une part, entendre et apprécier à la source, les progrès accomplis dans la mise en œuvre des décisions de cette dynamique Communauté Economique Régionale et d’autre part apporter moi-même un éclairage sur l’évolution et l’orientation des activités de la Commission quant à sa mission d’impulsion, de coordination et d’harmonisation dont les termes sont rappelés par les dispositions du Protocole sur les relations entre l’Union Africaine et les Communautés Economiques Régionales.

Je suis d’autant plus heureux d’être associé à vos travaux qu’ils se situent dans un contexte global qui permet de croire que les conditions semblent réunies pour que l’Afrique puisse consolider après la dernière crise systémique et économique, la reprise qui est de retour sur le continent et réaliser enfin son potentiel économique. Je pense que nous partageons tous ce sentiment, surtout quand nous réalisons qu’aujourd’hui l’Afrique est non seulement décidée à agir pour prendre la place qui lui revient légitimement dans la nouvelle donne stratégique mondiale, au regard de ses immenses atouts et de ses énormes potentialités, mais qu’elle s’est également efforcée, depuis quelques années, de créer les conditions pour ce faire et qu’elle est déterminée à assumer les responsabilités qui en découlent.

Le choix du thème de votre Sommet « utiliser la science et la technologie pour le développement » s’inscrit pleinement dans cette démarche. En effet, définie comme l’appréhension du réel par la raison, la science permet d’accéder à une connaissance rationnelle et objective de la nature, de la société et de l’homme, de tirer profit du progrès et de satisfaire par exemple, nos besoins les plus élémentaires. C’est la corrélation entre le développement scientifique et technologique et le développement, en général. Or, une bonne partie de l’Afrique ne participe encore qu’à concurrence de moins de 2 % à la production du savoir scientifique mondial, bien en deçà du seuil requis, d’où l’impérieuse nécessité pour le continent de promouvoir le secteur de la recherche scientifique et technologique.

Dans ce domaine, je voudrais saluer le rôle important joué par le COMESA, notamment dans la mise en œuvre du Plan d’action consolidé de la science et de la technologie, cadre consensuel élaboré par la Commission de l’Union africaine en collaboration avec les CER, avec des projets et activités promouvant, pour éradiquer la pauvreté en Afrique, l’utilisation de la science et de la technologie qui occupent une place prépondérante parmi les priorités devant contribuer à la nouvelle architecture de développement du continent. Ainsi, le Plan d’action pour le développent industriel accéléré de l’Afrique adopté par le Sommet de l’Union Africaine de Janvier 2008, met un accent particulier sur la science, la technologie et l’innovation au service de l’amélioration des performances industrielles des entreprises. De même, la déclaration sur la science, la technologie et la recherche scientifique pour le développement de Janvier 2007 demandait notamment aux Etats membres, d’« accroître le financement des programmes nationaux, régionaux et continentaux pour la science et la technologie et de soutenir la création de Centres nationaux et régionaux d’excellence dans le domaine de la science et de la technologie ».

Majesté,

Mesdames et Messieurs,

Assurément, le COMESA joue un rôle moteur dans les processus d’intégration et de développement des Etats de la sous région : je salue ainsi les avancées remarquables enregistrées dans la mise en place d’un certain nombre d’Organes et de structures chargées de l’élaboration, de l’exécution et de l’évaluation des programmes et projets communautaires. Je relèverai le lancement en juin de l’année dernière de l’Union douanière prévue pour être effective en 2012. Il y a eu aussi, bien sûr le regroupement des trois blocs régionaux en une seule Zone de Libre Echange (Free Trade Area COMESA-CAE-SADC), considérée à juste titre comme précurseur à la réalisation de l’intégration économique totale du Continent. Les régions concernées constituent un espace économique englobant 26 pays représentant la moitié des pays membres de l’Union africaine (UA) et un peu plus de 58% en termes de contribution au PIB et de 57% de la population totale de l’Union africaine. En tenant compte des ressources disponibles, il n’est pas exagéré de tabler sur l’impulsion ainsi donnée à la prospérité de la région et à l’accélération du processus d’intégration de l’Afrique.

Je suis convaincu que cet espace régional contribuera aussi à minimiser les risques de la globalisation en autorisant par la réalisation d’économies d’échelle, la mise en place des chaînes de valeur pour la transformation des ressources naturelles de la région et en offrant des opportunités d’affaires au secteur privé.

Sont à mettre également au crédit de la réussite de l’Agenda de l’intégration de la sous région, des programmes et projets dans les domaines des politiques sectorielles comme les infrastructures. A citer notamment, le Fonds du COMESA, l’Initiative du Corridor Nord-Sud qui est un exemple réussi de développement intégré régional, où les différentes régions du projet seront entraînées dans un processus de production de biens matériels et de services dont l’accès aux différents lieux d’échange sera ensuite facilité. Je ne peux résister au plaisir de rappeler la portée de ce Corridor qui lie la Ceinture de Cuivre aux ports méridionaux du continent et servira notamment huit pays, à savoir, la Tanzanie, la République démocratique du Congo, la Zambie, le Malawi, le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique et la République sud africaine.

La Déclaration d’Addis-Abeba de février 2009 sur le développement des infrastructures en Afrique, a largement souligné le rôle moteur des infrastructures et leurs services connexes, pour assurer une plus grande compétitivité de l’Afrique face aux autres régions du monde et pour un réel accroissement des échanges économiques et culturels intra-africains. Le lancement du Programme de Développement des Infrastructures en Afrique (PIDA), en marge du dernier Sommet de l’Union à Kampala, représente un cap important franchi vers le développement des projets intégrateurs de l’infrastructure en Afrique. La réalisation de cet objectif et la mise en œuvre du PIDA nécessitent toutefois d’énormes ressources financières qui requièrent notre adhésion et notre soutien à tous dont vous, les Etats membres du COMESA. En ce qui me concerne, je suis confiant sur le partenariat à ce sujet entre le COMESA et la Commission, d’autant plus que les réalisations clé de cette CER ne peuvent que contribuer à l’avancée des programmes continentaux de l’Union africaine. [Les deux Parties ont d'ailleurs en mai dernier, lors des consultations bilatérales en la matière, identifié quelques Programmes qui pourraient participer au PIDA : la TCS ou la Transport and Communication Strategy, le PIP ou le Priority Investment Plan en cours d'élaboration, l'Electric power Master plan développé par le Eastern Africa Power Pool (EAPP), une des Institutions spécialisées du COMESA dans le domaine de l'énergie électrique, la COMESA Model Energy Policy, la ICT Policy, la Broadcasting Policy et la Postal Policy.]

Majesté,

Mesdames et Messieurs,

Les Programmes minimum d’intégration ou PMI, pivot principal des activités prioritaires communément définies entre les CER et la Commission, assurent et garantissent la cohérence des actions générales vers l’intégration au niveau continental. Je voudrais alors rappeler le rôle primordial joué par le COMESA au cours des rencontres de coordination entre l’Union africaine et les communautés économiques régionales(CER) en vue de coordonner et d’harmoniser nos activités dans le but d’accélérer la réalisation des Objectifs du Traité d’Abuja et du processus d’intégration du continent.

Dans cette perspective, la Commission de l’Union africaine et les CERs ont conjointement élaboré un Programme minimum d’Intégration (PMI) qui a été présenté lors de la quatrième Conférence des Ministres africains de l’intégration (COMAI IV) qui s’est tenue les 7 et 8 mai 2009 à Yaoundé au Cameroun et adopté par les Ministres africains de l’intégration « comme un cadre stratégique dynamique du processus d’intégration continentale, conformément au Plan stratégique de l’UA ».

Majesté,

Mesdames et Messieurs,

Un des problèmes majeurs freinant la réalisation de l’intégration africaine réside dans l’insuffisance et l’imprévisibilité des ressources financières dont souffrent toutes les CER ainsi que la CUA, d’où l’urgente nécessité d’identifier des moyens de financement novateurs des activités des organes de l’UA pour permettre à l’UA de réaliser ses objectifs.

Il est important à ce stade de rappeler la décision du dernier Sommet de l’Union africaine qui s’est tenu en Ouganda et qui a « demandé à la Commission de l’Union africaine, par l’intermédiaire des Ministres de l’Economie et des Finances, de finaliser rapidement le travail en cours sur les sources alternatives de financement, aux fins d’examen et d’adoption, à la prochaine session de la Conférence par le biais du Conseil exécutif en janvier 2011 ». Dans ce sens, je voudrais solliciter l’appui et le soutien du COMESA et de ses Etats membres aux efforts déployés par la CUA pour pouvoir bénéficier de sources alternatives propres pour le financement de l’intégration africaine.

Dans ce même registre, je voudrais lancer un appel aux Etats membres du COMESA qui ne l’ont pas encore fait, pour accélérer la signature et la ratification du Protocole relatif à la création de la Banque africaine d’investissement, une de nos trois Institutions financières panafricaines prévues comme nous le savons tous, par l’Acte Constitutif de notre Organisation continentale.

Majesté,

Mesdames et Messieurs,

Pour conclure, je voudrais une fois de plus saluer la tenue de ce Sommet dont je souligne l’opportunité et l’importance. En effet, vous avez décidé d’imprimer un nouvel élan à votre communauté. A cet égard, il vous faut prendre des mesures pour accélérer le processus d’intégration de vos économies et lever tous les obstacles au développement de la région pour mieux répondre aux aspirations à la paix et à un mieux être de vos populations. Cela n’ira pas sans de nouveaux défis. Mais est-il besoin de rappeler que le COMESA dispose d’opportunités et d’atouts à la mesure sinon plus, de ses ambitions de progrès et d’intégration ? Il y a l’énorme potentiel en ressources constituées de terres arables dont 90% restent inexploitées ; un réseau hydraulique offrant des possibilités de transport par voie d’eau, d’hydroélectricité d’irrigation pour l’agriculture et de pêche ; des ressources minérales estimées à environ 300 millions de tonnes de phosphate, 105 milliards de tonnes de fer, 200 milliards de tonnes de pétrole et de grandes quantités d’uranium, de cuivre et de cobalt ; près de la moitié du cheptel africain et une population dynamique de 420 millions d’habitants.

Je souhaite que les présentes assises vous permettent d’avancer sur cette voie et je reste convaincu que votre engagement au service de l’intégration du continent constitue un précieux atout. Pour sa part, la Commission de l’Union Africaine, par ma voix, tient à réaffirmer sa détermination à continuer à travailler aux cotés des Communautés économiques régionales, en l’occurrence le COMESA et à les accompagner dans le processus d’édification régionale et continentale.

Je vous remercie de votre attention.

SOURCE: African Union Commission (AUC)