Wednesday, October 6, 2010

Télécoms : le russe Vimpelcom se rapproche de l'égyptien Orascom

L'opérateur russe Vimpelcom vient d'annoncer son intention de se rapprocher de l'égyptien Orascom Telecom. Si l'opération aboutit, elle lui permettra de se hisser en cinquième place des plus grands opérateurs mobiles internationaux. Et de se positionner sur de nouveaux marchés en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient.

Après le récent rachat des actifs africains de Zaïn par l'indien Bharti et l'arrivée de France Télécom au capital de Meditel, deuxième opérateur marocain, c'est au tour de l'opérateur russe Vimpelcom d'avancer ses pions en Afrique et au Moyen-Orient. Le groupe (détenu en partie par le norvégien Telenor et le fonds Altimo Holdings & Investments du conglomérat russe Alfa) vient de signer un accord avec la société Weather Investments (majoritairement détenue par la famille du milliardaire égyptien Naguib Sawiris) en vue d'acquérir 51,7% de ses participations dans Orascom Telecom et 100% de ses parts dans l'opérateur mobile italien Wind.

La transaction se fera en cash et par échange d'actions. Les actionnaires de Weather – actif dans d'autres secteurs, tels que la construction et l'hôtellerie... - apporteront la majorité de leurs actifs télécoms à Vimpelcom en échange de 1,8 milliard de dollars et d'une participation de 20% dans le capital capital de Vimpelcom. Pus précisément, Vimpelcom mettra la main sur les opérateurs détenus par Orascom en Tunisie, en Algérie, au Pakistan, en République centrafricaine, au Burundi, au Bangladesh, en Namibie et au Zimbabwe. Mais la filiale égyptienne Mobinil, qui est en partie détenue par Orange, est exclue de l'accord, de même que les activités d'Orascom en Corée du nord et en Grèce.

Cinquième opérateur mobile

Selon les deux parties, l'opération devrait néanmoins donner naissance au cinquième plus grand opérateur mobile à l'international (derrière China Mobile, Vodafone, Telefonica et America Movil). Sur la base des résultats enregistrés en 2009, le nouvel ensemble devrait peser 21,5 milliards de dollars avec 174 millions d'abonnés mobiles répartis dans une vingtaine de pays. La Russie et l'Italie représentant à elles seules 69% de son chiffre d'affaires.

Pour Matthew Reed, analyste du cabinet Informa Telecoms & Media spécialisé sur les marchés télécoms du Moyen-Orient et d'Afrique, « c'est a priori une très bonne opération pour l'opérateur russe Vimpelcom, qui va pouvoir s'implanter sur de nouveaux marchés en forte croissance ». Mais il reste des « obstacles à lever » pour que le rapprochement soit un succès : « Jusqu'ici, Vimpelcom était surtout présent en Russie et dans la communauté des Etats indépendants. Il s'attaque ici à un nouveau type de marché, avec l'obligation de se confronter à des contraintes réglementaires et socio-culturelles très spécifiques ».

Le bourbier Djezzy

De plus, « l'opérateur algérien Djezzy, qui l'un des actifs les plus importants dans le rachat, rencontre d'énormes difficultés avec les autorités algériennes, qui lui réclament des arriérés de taxes s'élevant à près de 230 millions de dollars pour 2008 et 2009 », rappelle le consultant, en soulignant qu'une précédente tentative de rachat par le sud-africain MTN s'est d'ailleurs soldée par un échec. Pour l'analyste, « c'est sans doute l'une des raisons de la visite du président russe Dmitri Medvedev en Algérie d'ici la fin de la semaine. Mais on ne sait pas encore s'il va réussir à calmer le jeu ».

Une chose est sûre, « c'est une opportunité manquée pour France Télécom, qui aurait pu être intéressé par l'Algérie, pièce manquante dans son déploiement en Afrique du nord », conclut Matthew Reed.

Christophe Dutheil