Monday, September 9, 2013

MAURICE: Le pays s'enfonce dans la crise

via Anisha Madayah in "Crise économique : les entreprises locales vacillent" - Le Matinal, 14 août 2013

Les affaires vont mal pour nombre d’entreprises mauriciennes. Touchées de plein fouet par la crise mondiale, ces entreprises arrivent difficilement à continuer leurs activités. D’autres hésitent à investir et affichent le mood du ‘wait and see’ dans l’espoir de voir des jours meilleurs.


2013 est une année difficile pour des entreprises locales. Si elles ont aussi vécu une 2012 dure, cette année s’est présentée avec davantage de défis pour ces entrepreneurs qui gèrent leurs affaires dans l’angoisse. “Tous nos membres souffrent d’une baisse très substantielle de leurs activités”, souligne Deo Santchurn, président de l’Association of Mauritian Entrepreneurs (AME). Evoquant la crise en Europe et à l’Ouest, Deo Santchurn avance que ce problème a entraîné une baisse dans la demande à Maurice. Un des membres de l’AME, selon lui, affirme qu’il n’a jamais ressenti une telle baisse de ses activités depuis 17 ans.

Ajay Gathani, directeur de AG Motors, qui compte 30 ans d’existence, soutient n’avoir jamais vécu une situation aussi difficile depuis 17 ans. “C’est la première fois que je vis une situation aussi compliquée. Le chiffre d’affaires dégringole”, dit-il. Le directeur de AG Motors est d’avis que les produits importés ont affecté son entreprise. Employant une douzaine de personnes, il avance que si cette situation perdure il serait contraint de licencier. Le manque de visibilité pour son entreprise est aussi un gros problème.

Après ses rencontres avec ses membres actifs dans divers secteurs, Deo Santchurn est arrivé à la conclusion que la crise est là. “De janvier à ce jour, la demande a chuté considérablement. La demande a baissé entre 25 et 60%”, dit-il.

Si la crise est présente et influe négativement sur les entreprises mauriciennes, la concurrence des produits importés vient compliquer la situation des entrepreneurs locaux.

Les produits importés en compétition


Deo Santchurn, président de l’Association of Mauritian Entrepreneurs, déplore que nous sommes en ce moment en compétition directe avec les produits importés. Un autre point non négligeable et qui affecte ces entreprises est la baisse de la consommation. Le président de l’AME avance que la consommation des produits alimentaires n’est pas réellement touchée par la crise comparativement à d’autres secteurs. Selon lui, l’érosion du pouvoir d’achat ne permet pas à une personne de pouvoir se procurer des choses. “Ceci mène à une situation de pessimisme. Elle est contagieuse car même ceux qui sont financièrement solides hésitent à dépenser car ils ne sont pas sûrs de l’avenir”, dit-il. Deo Santchurn, lui-même directeur de Julien R, entreprise de fabrication de chaussures, soutient que les affaires ne vont pas bien en ce moment. La compétition des chaussures importées affecte ses activités.

Jeenarain Soobagrah, directeur de Bonny Air Travel and Tours explique que son entreprise n’opère pas de la même façon qu’auparavant. Tenant compte des diverses raisons qui entraînent une chute dans les arrivées touristiques, il a dû réduire ses effectifs. Il a réduit le nombre de ses véhicules et de ses employés. “Nous n’avons pas de visibilité en ce moment car nous ne savons pas si le touriste choisira Maurice comme destination de vacances ou ira-t-il vers d’autres destinations moins éloignées”, dit Jeenarain Soobagrah. La compétition, fait-il ressortir, existe sur les autres destinations notamment les Maldives, le Sri Lanka, les Seychelles.

Dans le textile également la situation n’est guère brillante. Satish Bhowaneedin, directeur de Fairy Textiles Limited fait part de ses angoisses. « La situation est assez critique car nous ne pouvons plus écouler nos produits sur le marché local”, dit-il. La cause est l’abondance de produits du textile importés à Maurice. Selon lui, dans deux ou trois ans, les PME opérant dans le secteur textile risquent de disparaître. “Le marché local est en proie à la crise. Il nous faut dépendre sur de nouveaux marchés pour assurer notre survie”, souligne ce directeur. En ce moment, Fairy Textiles dépend sur La Réunion, l’Afrique du sud, la France et le Kenya où elle a obtenu de petites commandes.

Deo Santchurn avance que les membres de l’AME ne veulent pas investir davantage. Cette association regroupe divers entrepreneurs opérant dans différents secteurs d’activités. Un des secteurs qui souffrent de la crise en ce moment est la construction.

“La construction subit la crise de plein fouet et ce qui est pire c’est qu’il n’y pas de nouveaux projets», dit-il. De ce fait, certains de ses membres ont fait part de leurs angoisses car leurs activités ne tournent pas comme il faut. Bhooshan Ramloll, directeur de Ramloll Bhooshan Renovation and Building avance que le secteur de la construction enregistre une décroissance. Si la décroissance est là, de nouveaux projets publics émergent en ce moment. “Cette décroissance s’explique par le fait qu’au début 2013 de nombreux projets étaient déjà terminés”, dit-il. Même si la situation est complexe au niveau de la construction, les investisseurs attendent beaucoup du nouveau budget afin de relancer le secteur de la construction, qui, selon lui, est un pilier très important de l’économie. Bhooshan Ramloll ne prévoit aucun licenciement et pense ne pas recruter car la visibilité n’est pas très bonne pour ce secteur.

Deo Santchurn ajoute qu’après des discussions avec ses membres, nombreux sont ceux qui ne souhaitent pas créer de nouveaux emplois dans l’immédiat. “Il y a beaucoup de nos membres qui ont licencié des employés et veulent en garder que le minimum. Vu qu’ils sont dans la situation du ‘wait and see’ je me demande s’ils créeront d’autres emplois”, souligne le président.

Au sujet du dernier budget, il demande combien sont les entrepreneurs qui ont réellement bénéficié des mesures mises à leurs dispositions. Pour redynamiser les entreprises locales, il faut une feuille de route car l’entrepreneuriat n’est pas une affaire facile, dit Deo Santchurn. “Qui dit entrepreneur dit aussi risque”, fait-il ressortir.

Crise oblige, l’AME qui n’a jamais soumis de mémoire au gouvernement compte présenter un pour le prochain budget. L’AME est une association qui comprend 110 compagnies membres et emploie 8000 personnes. Le chiffre d’affaires total que génèrent ces entreprises totalisent de Rs 8 milliards. Les activités de cette association sont diverses allant de la construction, du tourisme, du manufacturier, de l’agriculture, l’alimentation et les TIC.

Par ailleurs, le dernier Business Confidence Indicator de la Chambre de Commerce de d’Industrie (MCCI) pour le deuxième trimestre de l’année confirme les dires de Deo Santchurn. Le climat des affaires se porte mal, mettant en péril de nombreux secteurs économiques du pays. La confiance des entreprises s’est dégradée au deuxième trimestre de 2013 et cette dégradation est marquée par un certain manque de visibilité.

Diversification pour assurer la survie


Pour la MCCI deux facteurs ont négativement influé sur la performance de l’entreprise : la dégradation de l’environnement global et la concurrence féroce sur le marché. Selon le BCI, une grande majorité de dirigeants d’entreprises affirment que l’incertitude de la situation globale particulièrement sur nos marchés traditionnels et la compétition intense et parfois déloyale entre opérateurs, au vu de la situation complexe, ont une incidence négative sur les affaires.

Deo Santchurn dit que le marché mauricien est trop petit et se sature vite. Pour trouver de nouveaux marchés, AME a commencé sa diversification depuis 2005 exploitant les autres marchés de la région. “Nos membres ont pu investir ailleurs et d’autres sont en ‘joint ventures” dit-il.

Pour surmonter ces difficultés, Deo Santchurn dit que ce n’est pas facile, car ses membres ne sont pas des experts. La crise est aussi une occasion de se remettre en question et d’innover, car la survie est vitale.