Saturday, September 6, 2008

La mutation des banques de développement

LE MONDE | 05.09.08

Surprise : la Korean Development Bank (KDB) part à l'assaut de Lehman Brothers. Elle constitue un consortium 100 % sud-coréen pour prendre le contrôle de la banque d'investissement américaine. On ne sait pas encore comment la KDB va réunir les 10 milliards de dollars (7 milliards d'euros) nécessaires, mais il faut surtout s'interroger sur les motifs qui poussent une banque de développement asiatique à choisir pour cible une société en grande difficulté cotée à Wall Street.

Ce n'est pas le premier exemple du genre. En 2007, la China Bank of Development (CDB) mettait la main sur 3 % du capital de la banque britannique Barclays pour 3 milliards de dollars. Depuis, la participation a perdu la moitié de sa valeur, mais l'appétit ne semble pas pour autant émoussé à Pékin : la même CDB vient de participer à une levée de fonds de 14 milliards de dollars pour faire une offre sur l'allemande Dresdner Bank, finalement vendue à la Commerzbank.

Cet empressement à pénétrer les institutions financières occidentales est un comportement inhabituel de la part des banques de développement. L'Industrial Development Bank of India, et même des organismes supranationaux comme l'Asian Development Bank ou la Banque européenne de reconstruction et de développement ciblent plutôt leur action sur l'essor des économies locales.

UNE NOUVELLE STRATÉGIE

La KDB et la CDB mènent aussi ce genre d'opérations, mais leur stratégie évolue. Ainsi, Pékin veut réorienter ses trois établissements de crédit dédiés au marché intérieur. Si la CDB, actuellement détenue à 50 % par le fonds souverain chinois, a financé jusqu'à présent des secteurs industriels, il est fortement question d'en faire une banque d'investissement franchement commerciale, qui pourrait même, à terme, être privatisée.

Non loin de là, Séoul songeait récemment à s'inspirer de l'exemple de Temasek Holdings, le fonds souverain de Singapour, pour faire passer un certain nombre de banques publiques sous le contrôle d'une seule holding. Ce projet ne fait pas l'unanimité : le nouveau président, Lee Myung-Bak, est, lui, partisan de la privatisation de KDB.

Une certitude en tout cas : lorsque les banques de développement évoluent vers le statut de fonds souverain ou de banque d'investissement internationale, le développement n'est plus leur priorité.